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Coronavirus : comment des systèmes de Couverture Santé Universelle pourraient contribuer à faire face à une crise sanitaire

Coronavirus : comment des systèmes de Couverture Santé Universelle pourraient contribuer à faire face à une crise sanitaire

La crise sanitaire mondiale que l’on vit actuellement est probablement sans précédent et constitue un énorme défi pour les systèmes de santé des différents pays touchés en ce qui concerne leur capacité à résister aux chocs.

Mais pourquoi même dans nos pays, dont on ne cesse de répéter qu’ils ont un excellent système de santé, voit-on des hôpitaux surchargés, et aussi, qu’en sera-t-il de toutes ces personnes privées de leurs revenus, devant faire face à des dépenses soudaines pour leur santé ? Cet épisode tragique dans notre histoire sanitaire révèle déjà que les politiques d’austérité appliquées depuis des années par les gouvernements nationaux, la commission européenne et les institutions financières internationales ont des conséquences catastrophiques sur les capacités de résilience des pays et des populations face à de telles crises ! De nombreux pays le vivent déjà depuis des années et l’Europe va maintenant également en payer le prix cher. Une triste occasion de refaire le point sur l’impératif de mettre en place des systèmes de protection sociale universelle !

La protection sociale pour faire face aux dépenses et aux pertes de revenus en cas de maladie

Rappelons-le, la protection sociale est un ensemble de mécanismes de prévoyance qui répond à différents types de risques auxquels les êtres humains peuvent faire face tout au long de leur vie : la maladie, la grossesse, la vieillesse, les accidents de travail, l’invalidité, la mort d’un parent, la perte d’un emploi… sont susceptibles de les laisser soudainement sans revenus.  En réponse à ces risques, la protection sociale garantit des soins de santé essentiels y compris pour la maternité ainsi qu’une sécurité de revenus pour les enfants, les personnes âgées, les personnes actives en cas de chômage, d’invalidité ou de maladie. C’est ce que l’OIT nomme les 4 socles d’une protection sociale universelle.

C’est grâce à de tels mécanismes que chacune et chacun peut faire face aux dépenses de santé que la maladie impose, et à grande échelle aujourd’hui ! Ils offrent aussi la possibilité de reprendre le cours normal de sa vie une fois l’épreuve passée. En garantissant des revenus tout au long de la maladie, ils évitent aux individus de s’appauvrir en revendant leurs biens, en puisant dans leurs réserves alimentaires, ou autres stratégies de survie.

L’accès aux soins constitue ainsi un enjeu majeur en matière de protection sociale : lorsque l’on sait que chaque année, près de 100 millions de personnes ont basculé sous le seuil de pauvreté pour faire face à des dépenses de santé[1] on comprend mieux comment la protection sociale est un inestimable levier de justice sociale.  

C’est pour ces raisons que l’Organisation Mondiale de la Santé a développé depuis 2005 le concept de Couverture Santé Universelle (CSU), basé sur la prévoyance et la mise en commun des ressources pour assurer un accès aux soins à toutes et tous. Reprise dans les ODD depuis 2015 comme « comprenant une protection contre les risques financiers et donnant accès à des services de santé essentiels de qualité et à des médicaments et vaccins essentiels sûrs, efficaces, de qualité et d’un coût abordable », la CSU se fonde sur une mutualisation des risques et des ressources. C’est un système de solidarité entre malades et bien-portant, entre riches et pauvres, entre privilégié.e.s et fragilisé.e.s.  

Sénégal : la Couverture Santé Universelle pour ne laisser personne de côté

En Afrique, les défis sanitaires étaient déjà hier urgents et immenses. Mortalité infantile et maternelle, mortalité liée au paludisme, au VIH/SIDA, mortalité causée par des épidémies comme l’Ebola et la fièvre jaune… qui pourraient être réduites par un meilleur accès aux services de base. Les dépenses des ménages liées à la santé continuent d’augmenter partout, accélérant la paupérisation des populations vivant dans des conditions difficiles

Au Sénégal, la volonté politique d’avancer vers la CSU a été traduite en pratique et en financement public. A côté du régime d’assurance maladie obligatoire touchant les travailleur·euse·s des secteurs formels, une Agence de la Couverture Maladie Universelle[2] a été mise en place en 2015. La stratégie de CMU est basée d’une part sur les politiques de gratuité[3] et d’autres part sur les mutuelles de santé. La population cible des mutuelles de santé est constituée essentiellement des acteur·rice·s de l’économie informelle et du secteur rural et qui représentent plus de 80% de la population sénégalaise. La cotisation à une mutuelle de santé coûte 7000 FCFA par personne et par an, subventionnée par l’Etat à hauteur de 50% pour les personnes qui ont la capacité de cotiser, soit 3500 FCFA. Pour les personnes indigentes, la cotisation est gratuite (prise en charge totale à 100%)[4]. En 2019, le taux de couverture du risque maladie avoisine les 50% et le taux d’enrôlement dans les mutuelles de santé tourne autour de 17%[5].

La stratégie mutualiste que soutiennent Solsoc et Solidaris au Sénégal et dans plusieurs autres pays d’intervention constitue une option concrète pour réaliser la CSU. En tant que système contributif, solidaire et basé sur la prévoyance, une mutuelle de santé évite à ses membres l’appauvrissement que peuvent provoquer des dépenses inattendues.

Sénégal : les mutuelles de santé au service de l’accès au soin de la lutte contre l’épidémie de coronavirus

Au Sénégal, Solsoc et ses partenaires locaux appuient depuis de nombreuses années et dans plusieurs pays des mutuelles de santé communautaires, non pas en finançant les cotisations mais en cherchant à les rendre durables par la structuration, l’équipement, la formation et la professionnalisation des gestionnaires et des cadres. Au Sénégal, 12 mutuelles sont soutenues sur les 43 mutuelles accompagnées par le réseau Oyofal Paj qui comptent au total 300.000 membres dans la région de Kaolack.

Aujourd’hui, face à l’épidémie du Covid19, l’extension des mutuelles risque de ralentir sérieusement mais leur rôle reste crucial, tant pour faire face aux soins que pour la prévention : leur rôle éducatif leur permet de diffuser largement les règles de confinement et de limitation des contagions. Demain, elles seront là pour poursuivre leur action de prévoyance et de plaidoyer pour une Couverture Maladie Universelle efficace. C'est ainsi que pour lutter contre le coronavirus, le Réseau Oyofal Paj a appuyé les mutuelles de santé de la région de Kaolack en leur fournissant des lavoirs, des savons, des bassines et du gel alcoolique pour inviter l'ensemble des mutualistes et des bénéficiaires à respecter les mesures d'hygiène édictées par les autorités sanitaires. Pour les quatre Districts partenaires des Mutuelles de santé, des cartons de poudres à lessiver et d'eau de javel a été mis à disposition.

La protection sociale doit être universelle !

Comme le démontre les crises sanitaires auxquelles les pays font face actuellement en Europe, les questions protection sociale sont éminemment politiques. Des choix doivent être opérés en faveur d’une justice sociale et non pas sous la pression des acteurs économiques.  C’est pourquoi Solsoc soutient tout autant le plaidoyer mené sur ces enjeux par les plateformes nationales des mutuelles de santé. Au côté de ses partenaires en Belgique, la FGTB et Solidaris, Solsoc revendique également le maintien et le renforcement de nos systèmes de protection sociale chez nous, comme ailleurs dans le monde !

Aujourd’hui, face à l’épidémie de coronavirus, des actions d’urgence seront sans doute primordiale, mais la crise passée, il faudra en tirer des leçons et s’assurer que dans le futur, de telles tornades dévastatrices ne se reproduisent plus. Un regard critique doit être porté sur les politiques à long terme qui doivent garantir à toutes et tous, une vie décente !

Plus que jamais, réclamons haut et fort une protection sociale universelle !


[2] La couverture maladie universelle (CMU) est une prestation sociale permettant l'accès au soin, le remboursement des soins, prestations et médicaments à toute personne qui n'est pas déjà couverte par un autre régime obligatoire d'assurance maladie.

[3] La gratuité des soins des enfants âgés de moins de cinq (5) ans, la gratuite de la césarienne, la gratuite des personnes âgées de 60 ans et plus (Plan Sésame) et la gratuité de la dialyse. http://agencecmu.sn/les-gratuites

 

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