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Palestine : quand l’occupation confisque aussi le travail des femmes
8 mars 2026
Palestine : quand l’occupation confisque aussi le travail des femmes
Le génocide à Gaza et l’intensification de la colonisation Cisjordanie ont plongé l’économie palestinienne dans une situation catastrophique. Le tissu socio-économique palestinien, déjà fragilisé par des décennies d’occupation, offre peu de perspective d’emploi, aggravant plus particulièrement la vulnérabilité des femmes. Et pourtant, la situation des Palestiniennes révèle une contradiction frappante : si elles ont des taux de scolarisation et de formation supérieurs à la moyenne mondiale[1] (surpassant ceux des garçons), cela ne se traduit pas en matière de perspectives d’emploi. Les femmes ont un taux de participation très faible sur le marché du travail, autour de 18–20%, soit l’un des plus bas au monde.

À Gaza, une économie en ruines
À Gaza, deux années et demie de bombardements et de destruction systématique ont mis l’activité économique pratiquement à l’arrêt. En 2024, l’économie de Gaza s’est effondrée, son PIB a chuté de plus de 83%. La grande majorité des installations commerciales ont été endommagées et presque tous les terrains agricoles détruits. Le taux d’activité des personnes âgées de 15 ans et plus s’établissait à seulement 29,9%, avec une forte disparité entre les hommes et les femmes (47,7% pour les hommes et 12,3% pour les femmes). Des dizaines de milliers de foyers sont désormais dirigés par des femmes. Malgré la situation désastreuse, certaines femmes continuent de travailler, principalement dans l'aide humanitaire ou l'entrepreneuriat informel.
En Cisjordanie : une économie étranglée
En Cisjordanie, les conditions de l’occupation se sont durcies et l’expansion des colonies s’est accélérée. Les couts de production ont augmenté, les infrastructures sont vieillissantes, les restrictions d’accès à la terre, à l’eau et à d’autres ressources économiques vitales imposées par Israël ont étranglé le développement économique et entrainé une dépendance accrue à l’aide internationale pour répondre au défi de la pauvreté généralisée. Le taux de chômage en Cisjordanie a connu une augmentation drastique, atteignant environ 32 % en 2024, contre 13 % avant octobre 2023. La mobilité des travailleur∙euse∙s s’est considérablement restreinte avec la multiplication des checkpoints et les attaques récurrentes des colons sur les routes. Cela a pour conséquence des durées de trajets imprévisibles, souvent longues, avec des répercussions plus importantes pour les femmes, qui sont souvent contraintes de chercher du travail dans leur localité, réduisant ainsi leurs opportunités.
Les freins à l’emploi féminin
Les obstacles liés à la colonisation et l’occupation se doublent de contraintes sociales et juridiques propres au contexte palestinien. Si la loi palestinienne prévoit une égalité formelle entre hommes et femmes, aucune sanction n’est prévue pour ceux qui ne la respecteraient pas. Le congé de maternité est par exemple très mal perçu par les employeur·euse·s du secteur privé, qui privilégient l’embauche d’hommes ou licencient leurs employées lorsqu’elles se marient. Le faible taux de syndicalisation des femmes engendre une faible défense de leurs droits par les syndicats. De même, il n’existe pas de mouvement féministe unifié en Palestine qui pourrait porter efficacement ce type de combat.
Par ailleurs, en matière de formation, les filières principalement suivies par les filles ne sont pas les plus pourvoyeuses d’emploi. Par la suite, on retrouve prioritairement les femmes au sein de secteurs caractérisés par les bas salaires ou le travail informel, à savoir les services, l’éducation, l’agriculture, le secteur public, et le soin aux personnes. Enfin, le faible accès à l’emploi renforce les normes patriarcales et l’idée que la place des femmes est au foyer, ce qui peut se traduire par des mariages précoces, une mobilité restreinte et une moindre capacité à contester les violences de genre.
Coopératives : espoir et résistance
Malgré ce contexte, des femmes inventent de nouvelles formes de résistance économique. À Gaza, la couturière Suhad Saidam, déplacée à plusieurs reprises, a fondé une coopérative avec d’autres réfugiées. Grâce au soutien d’ONG palestiniennes comme Ma’an Development Center et le Popular Art Center (partenaires de Solsoc), elles ont pu acheter du matériel, installer un panneau solaire et relancer une production textile qui s’inscrit dans l’économie sociale et solidaire.
En Cisjordanie aussi, des coopératives de femmes se développent, notamment dans le domaine agricole. Leur objectif : créer des emplois dignes, produire localement et préserver la terre palestinienne de la confiscation. Ces coopératives, en renouant avec des pratiques collectives et solidaires, apportent à leurs membres non seulement un revenu, mais aussi une dignité et un sentiment d’appartenance.
L’émancipation économique des femmes palestiniennes ne peut être dissociée du contexte d’occupation et de violence dans lequel elles vivent. C’est pourquoi chaque parcelle de terre cultivée, chaque atelier collectif, chaque femme qui choisit de résister par le travail incarne la lutte pour la justice et la dignité de toutes et tous.
[1] Le Bureau central palestinien des statistiques indique, pour l’année scolaire 2018/2019, une inscription des filles en secondaire plus élevée que celle des garçons (91% vs 71%) et une majorité de femmes dans l’enseignement supérieur (environ 60% des inscrit·e·s).