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Témoignage : Covid-19 en RDC, une opinion de Danny Singoma

Témoignage : Covid-19 en RDC, une opinion de Danny Singoma

Danny Singoma est le Secrétaire Général du CENADEP, partenaire historique de Solsoc et Président de la Maison de la Laïcité de Kinshasa (MLK), partenaire de l'ONG LHAC. Il revient sur l'impact d'une telle pandémie dans un contexte où la population vit principalement de l'économie informelle et est très souvent mal informée.

20 avril

À partir de ce lundi 20 avril 2020, le port de masque est obligatoire à Kinshasa.

La grande question est : comment se procurer quotidiennement ce masque dont le prix oscille entre 1 et 2 dollars? Un espoir existe : depuis que les autorités du pays ont confirmé que les masques en tissus sont une alternative à ceux vendus en pharmacie et à usage unique, le génie du secteur informel explose. Dans chaque quartier populaire, de vieilles machines à coudre à pédales sortent de leurs cachettes et fonctionnent à plein régime.  Des masques à la portée de chaque bourse sont produits et vendues. Pour beaucoup, l'essentiel n’est ni la qualité du tissu ni la capacité de protection mais plutôt posséder son masque pour sortir et ne pas se faire coincer par la police. Plusieurs personnes de ces quartiers ne croient pas vraiment en l'existence du coronavirus, mais n'ont pas le choix pour le port de masque obligatoire. 

Ce même génie se réveille aussi dans les chimistes et pharmaciens sans-emploi : Ils trouvent un débouché dans la fabrication des gels hydro alcooliques.

Un groupe de jeunes de la commune de Ngaliema, ayant remarqué que les policiers de leur secteur utilisent parfois à plusieurs reprises le même masque à usage unique bleu, devenu presque noir de poussière et sueur, a offert quelques masques en tissu de pagne pour que ces policiers servent d'exemple tout en se protégeant.

Dans les quartiers huppés, les jeunes « bing bing » se font concurrence pour la qualité et le prix de leurs masques en tissus qui deviennent des accessoires de mode...

Ce COVID19 nous aura tout montré...

10 avril

Dans son dernier bulletin quotidien, datant de samedi soir, l’Institut national de Recherche biomédicale de RDC (INRB) a fait état de 234 cas confirmés de coronavirus, dont vingt décès, et seize personnes guéries.​ Le CENADEP s'est positionné officiellement, ce 10 avril, et demande aux partenaires financiers internationaux de soutenir l'effort de participation à la riposte contre le Covid-19 en allouant des fonds spécifiques supplémentaires, tout en maintenant les fonds actuellement versés aux acteurs de la société civile et aux partenaires de la coopération au développement qui jouent un rôle crucial et permet la résilience de la population !

Voir le Communiqué officiel du CENADEP.

6 avril 2020

Depuis l’apparition du Coronavirus COVID-2019, en République Démocratique du Congo, comme dans plusieurs autres pays africains, des spéculations, rumeurs et désinformations vont dans dans tous les sens.

Les erreurs de communication du ministre de la santé, en début du mois de mars, lors de la détection du premier cas suspect à Kinshasa, ont déclenché la première vague d’interrogations et de coronapessisme. Les balbutiements du ministre qui ne savait qualifier l’origine et la vraie nationalité acquise de ce premier cas ont poussé plusieurs personnes à conclure qu’il s’agit d’une « maladie business » et que les autorités voudraient se faire de l’argent de la Communauté internationale.

Des images circulant dans les réseaux sociaux et dont beaucoup montées par des « blancs » n’ont fait qu’aggraver le doute des congolais qui ont commencé à se les partager et à mener une campagne de désinformation, dans le but soi-disant de prévenir les congolais afin de se mettre sur leurs gardes.

La plupart de ces vidéos font l’apologie de la théorie du complot. Les unes évoquent un virus créé en laboratoire, d’autres la course vers un vaccin à expérimenter en Afrique dans le but de réduire la population africaine soit en la rendant stérile ou en état de démence.

Un livre « Rapport de la CIA ; Comment sera le monde en 2020 ? », des images d’une conférence attribuée à Bill Gates et parlant d’une pandémie qui pourrait ravager la terre, des vidéos du Docteur Raoult de l’IHU de Marseille et plein d’autres images alimentent quotidiennes la toile et renforce les gens dans leurs attitudes.

Ces derniers jours, des vidéos demandant aux africains de ne pas accepter un vaccin contre le Coronavirus circulent et deviennent presque l’objet d’une Campagne anti vaccination. Les messages se relayent pour s’interroger sur le bien-fondé de commencer un vaccin en Afrique alors que les malades sont nombreux ailleurs. D’autres vidéos prêtent à des personnalités africaines de renom, l’appel à ne pas accepter de vaccin contre le Coronavirus.

Il y a 3 jours, un message attribué à Moise Katumbi eu autres stars africaines appelle à ne pas céder face à un prétendu vaccin contre le Coronavirus

Le Docteur MUYEMBE, coordonnateur du Comité technique de riposte a évoqué hier lors d’une interview aux côtés de l’ambassadeur des Etats-Unis la possibilité pour le Congo de participer au test d’un vaccin avant le mois d’août. Cette déclaration a créé malaise grave dans l’opinion à tel point que le Professeur a été obligé de s’expliquer sur les médias.

Les partenaires de la RDC devraient voir dans quelle mesure accompagner la RDC dans sa lutte contre le Coronavirus et lui permettre de participer localement à la recherche sur le vaccin. Il est important que le vaccin soit vécu comme venant de l’Afrique et non importé de l’Europe.

Il est important d’accompagner une campagne de communication locale qui permettre de déconstruire des imaginaires et à comprendre que le COVID19 n’est pas une maladie de laboratoire.

Il n’est pas sans ignorer que pour une autre catégorie des personnes, menées par des pasteurs évangéliques, le CORONAVIURUS est présenté forcément comme une punition de Dieu qui exprime sa colère face aux habitants de la terre qui « ont défié Dieu’ avec la laïcité, l’homosexualité, les droits des femmes, etc. Ils demandent à la population et aux autorités une repentance des nations accompagnées des prières dans les rues, etc. pour stopper la colère de Dieu et expérimenter son pardon et obtenir une nouvelle orientation de vie basée sur les valeurs bibliques mises en application.

30 mars 2020

En RDC, tout comme dans d’autres pays sur la planète, le Coronavirus COVID-19 sévit et fait la une de l’actualité. Depuis quelques jours, Kinshasa a commencé à compter ses morts. Même si, comparativement à d’autres lieux, le nombre des décès parait minime, il est une évidence : le mal est là et il tue….

Le Gouvernement a pris des mesures de restriction des espaces d’interaction sociale comme les bars, les restaurants, les écoles, les centres sportifs et… les églises. Pour une fois, les églises et leurs faiseurs des miracles se taisent et observent comme tout le monde la voix de la raison. La population panique depuis la fermeture des frontières avec les pays voisins car ceci a comme effet d’augmenter les prix des denrées alimentaires, du carburant et de mettre encore plus la population précarisée dans une situation de grande pauvreté.

Les Kinois commencent à restreindre leurs sorties, mais comment faire dans un pays ou parfois une famille de plus de 6 personnes vit dans une même pièce ?  Lorsque certaines cours (parcelles) à Kinshasa contiennent plus de 50 personnes ? Lorsque sans électricité, il n’est pas possible de faire des réserves alimentaires de vivres frais ? Lorsque le repas du soir est conditionné au gain de la journée qui oblige les sorties ?  Le télé travail est aussi très difficile (et donc une utopie) puisque la plupart des quartiers ne sont pas desservis de manière régulière en électricité et que les gens n’ont pas d’unités (crédit de téléphone) pour communiquer et d’endroit calme pour travailler. Et comment faire une campagne de prévention alors que l’eau est parfois rationnée et de qualité médiocre. Dans plusieurs quartiers c’est souvent vers 2h du matin que l’eau du robinet coule et à ce moment plusieurs personnes doivent s’entasser pour espérer chacun puiser une quantité suffisante. 

De manière collective, tout le monde à Kinshasa est conscient du coronavirus. Mais simplement les approches varient. Face aux images de l'Europe, surtout d’Italie, débordée, la majorité de gens pensent que seule la providence les sauvera et rien d'autre et c'est le facteur chance qui est mis en avant.... D'abord, le Corona est perçu comme maladie des « riches » et des « politiciens » (c’est eux qui voyagent). Pour les autres, ils sont convaincus que l'épidémie de grippe de novembre et décembre (très violente) était déjà du CORONA.... Alors ils banalisent et sont fatalistes.

En tant que force de la société civile, la MLK agit aux côtés de ses membres et partenaires pour renforcer la solidarité aussi bien nationale qu’internationale face au COVID-19. Solidarité qui passe par la sensibilisation et le soutien aux plus fragiles.

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