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Sénégal : quand les femmes prennent la parole, les inégalités deviennent visibles

14 octobre 2026

Sénégal : quand les femmes prennent la parole, les inégalités deviennent visibles

Elles sont mutualistes, transformatrices, membres d’organisations de base communautaires. Certaines viennent de loin ; certaines parlent français, d’autres uniquement leur langue maternelle, le Wolof. L’une d’elles est venue avec son bébé. Qu’à cela ne tienne ! Les femmes se sont traduites les unes les autres, se sont relayées auprès de l’enfant et ont fait de l’entraide une condition très concrète de la participation.

À Kaolack et à Thiès, Solsoc et ses partenaires de l’organisation Green Sénégal (Groupe de Recherche et d’Etudes Environnementales) et le réseau mutualiste Oyofal Paj, avec l’appui de l’ONG féministe belge « Le monde selon les femmes » ont réuni deux groupes d’une vingtaine de femmes pendant quatre jours. L’objectif n’était pas de parler du genre à leur place, mais de partir de leurs journées, de leurs responsabilités, de leurs ressources et de leur pouvoir de décision. Horloges du temps, organigrammes, budgets du ménage, discussions collectives : les outils d’éducation populaire féministe ont peu à peu ouvert un espace rare, dans lequel les participantes ont parlé de leur travail, de leur couple, de leur corps, de leurs revenus, de leur intimité et des violences, souvent avec une franchise bouleversante.

Le revenu des femmes

Ce qui est apparu leurs du diagnostic collectif est ce que les revenus de ces femmes est souvent l’épine dorsale de leurs familles. Ce constat résume un paradoxe. Les femmes assument une part essentielle des dépenses quotidiennes, de la santé et de la scolarité, tout en disposant de revenus plus faibles, d’une capacité d’épargne réduite et d’un accès limité au patrimoine. Elles cumulent activités économiques, tâches domestiques et soins aux proches, mais restent minoritaires dans les fonctions stratégiques des organisations qu’elles font vivre.

Les chiffres donnent la mesure de ces inégalités : en 2025, la participation au marché du travail atteignait 38,2 % chez les femmes, contre 65,7 % chez les hommes et 75,6% des femmes occupaient un emploi précaire. [1]

Les violences économiques

Selon l’enquête nationale de référence de l’ANSD, l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie, 31,9 % des Sénégalaises de 15 ans ou plus ont subi au moins une forme de violence (physique, psychologique, sexuelle ou économique) au cours des douze mois précédant l’enquête.[2]

Si l’on se rapporte au cadre hors union, les femmes qui ont au moins subi un acte de violence économique au cours de la vie présentent une prévalence de 29,1%, tandis que 25,1% l’ont subi avant de fêter leur 18ème anniversaire. Cela indique qu’elles ont été au moins privées de travailler, de dépenser librement leur argent, de payer des dettes qui ne sont pas les leurs entre autres etc. Les résultats de l’enquête montrent également que, sur une population de 5 millions et demi de femmes âgées de 15 ans ou plus, près de 2 femmes sur 10 (19,9 %) ont déclaré avoir subi au moins une violence économique dans le contexte conjugal depuis leur première union.

Conclusion

Du Sénégal à la Belgique, les réalités ne sont évidemment pas les mêmes. Mais les mécanismes se répondent : division sexuée du travail, charge domestique inégalement répartie, violences, dépendance économique, contrôle du corps et plafond de verre. Les inégalités ne s’arrêtent pas aux frontières, parce qu’elles s’enracinent dans un même système patriarcal.

Quatre jours d’atelier ne renverseront évidemment pas ce système. Ils peuvent cependant créer un point de départ : mettre des mots sur les choses, comprendre que les obstacles ne sont pas des échecs individuels, renforcer la prise de parole, la capacité de débat et le plaidoyer. Les groupes ont aussi formulé des pistes concrètes : des espaces de dialogue durables, davantage de femmes aux postes de décision, des réunions compatibles avec leurs contraintes, plus de transparence financière et un travail avec les hommes sur les masculinités et le partage des responsabilités.

Quelques témoignages de l’atelier

« Ces deux jours m’ont ouvert les yeux. Je n’avais jamais mesuré tout ce que les femmes subissent. J’espère pouvoir, moi aussi, contribuer à changer les choses. »

« On repart avec de l’énergie, avec l’envie de changer dans la famille, dans la société. Il faut multiplier ces espaces, parce qu’ici, on apprend, on se relève, on se transforme. »

« Ces deux jours, c’était fort. On s’est senties comprises. Et on a compris beaucoup de choses sur nos relations avec les hommes, sur les discriminations qu’on subit sans toujours les nommer. »

« Vous vous souvenez ? C’est moi qui devais demander la permission à mon mari pour rester ici un jour de plus… Eh bien aujourd’hui, je me sens libre. Libre vraiment. Nous n’avons plus à demander la permission d’exister. »

« Je vais prendre soin de tout ce que j’ai appris ici. Ces apprentissages, je vais les cultiver, les protéger. »

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