S'informer

(Interview) Séisme en Colombie : la société civile en première ligne

18 septembre 2026

(Interview) Séisme en Colombie : la société civile en première ligne

Le 10 août, un séisme de magnitude 7,4 a frappé la Colombie. Face à l'ampleur des dégâts et aux difficultés d'accès à certaines zones, les organisations syndicales, paysannes et sociales se sont mobilisées pour organiser les secours. Rencontre avec Juliana Millán, directrice politique d'ATI, organisation partenaire de Solsoc et de la FGTB Horval qui travaille avec les organisations populaires de la région.

Quelle est l'ampleur du séisme ?

La secousse a été ressentie sur 1 200 kilomètres, du Panama à l'Équateur. Elle a provoqué des dégâts matériels dans trois villes principales, ainsi que dans de nombreux villages et zones rurales du pays. La situation est particulièrement difficile dans les communautés paysannes, indigènes et afrodescendantes, qu'on atteint mal par la route, et pour les travailleur·euse·s des villes qui, en plus de leur logement, ont perdu leur emploi.

Comment le nouveau gouvernement a-t-il géré cette catastrophe ?

Il a improvisé. Il n'a pas voulu organiser une passation avec le gouvernement sortant. Il a politisé l'aide internationale, empêchant les équipes de secours de pays voisins dirigés par des gouvernements progressistes, comme le Mexique et le Brésil, d'intervenir pendant les 72 premières heures, cruciales pour le sauvetage. Et loin de soutenir et de reconnaître les actions citoyennes et communautaires de solidarité aux différentes étapes, il concentre, politise et privatise les aides nationales et internationales.

Dans ce contexte, comment ont réagi les organisations de la société civile ?

Les canaux de communication tissés pendant des années dans la société colombienne se sont activés. Les organisations syndicales, paysannes, indigènes, de jeunesse et la population sont descendus dans la rue pour appuyer les sauveteurs et nourrir les volontaires, et pour orienter les premières aides venues de l’extérieur. Elles ont ouvert des centres de collecte dans tout le pays et certaines ont ouvert des comptes bancaires en moins de douze heures pour recevoir des dons. La demande était toujours la même : « nous voulons aider, mais aussi être certain·e·s que l'argent arrivera bien à celles et ceux qui en ont besoin ». Aucune de ces collectes ne cherchait à récolter de grosses sommes, seulement à les employer de la meilleure manière possible pour qu'elles arrivent là où le besoin était réel.

La coordination nous a permis de cartographier les besoins en temps réel : casques, gants et outils pour les zones de déblaiement et de sauvetage avant la limite des 72 heures ; nourriture pour les cuisines collectives urbaines ; couvertures et matelas confectionnés dans les ateliers populaires, qui sont partis vers les zones rurales avec des colis alimentaires de base. Les organisations syndicales ont mis à disposition leurs locaux (Dos Quebradas et la Casa Cultural Sindical CACTUS) pour la collecte, leur camion de transport de denrées et tout leur temps disponible pour appuyer la logistique de réception, de tri et de distribution.

Quels sont les principaux défis aujourd'hui ?

Le gouvernement concentre l'attention des médias sur le « soutien » des entreprises privées à la reconstruction des hôpitaux, des logements et des infrastructures civiles, réservée à celles et ceux qui ont les moyens de s'endetter. Pendant ce temps, des usines comme celle de Nestlé Colombie annoncent la fermeture de leurs sites pour restructuration, avec la menace de licenciement de plus de 470 travailleur·euse·s de la région. Les communautés paysannes des zones rurales sont privées de l'attention prioritaire qui leur revient, sur ordre du ministère de l'Agriculture. L'enseignement public n'a toujours pas pu reprendre dans de nombreux endroits, urbains et ruraux, du sud-ouest, et le système de soins est saturé. Comme lors de la destruction produite par la guerre, le plus grand défi de ces événements naturels est de recomposer les territoires, de retrouver une vie digne et d'aller au-delà du business immobilier de la reconstruction. Solo el pueblo salva el pueblo ! Seul le peuple sauve le peuple, c'est ce qu'on dit par ici.

En utilisant le site Internet ayant pour URL www.solsoc.be, vous consentez à ce que les cookies puissent être placés sur votre appareil conformément à la présente Politique d'Utilisation des Cookies.
J'accepte