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Le pari de la mutualité pour le XXIe siècle

Le pari de la mutualité pour le XXIe siècle

Si les mutualités jouent en Belgique un rôle essentiel dans un système d’assurance maladie qui couvre la quasi-totalité de la population, c’est presque une exception à l'échelle mondiale. En Afrique, où 82% de la population n’a accès à aucune protection sociale[1], les défis sont immenses. Pour y répondre, nombreux·ses sont ceux·elles qui font « Le pari de la mutualité pour le XXIe siècle ». Trois ans après la rencontre d’Abidjan, il·elle·s se sont rassemblé·e·s les 22 et 23 janvier pour élaborer la Plateforme de Lomé. Solsoc était présente, aux côtés de Solidaris et de ses partenaires mutualistes africains.

Alors qu’en cette saison, les honoraires des médecins et le coût des médicaments en refroidissent plus d’un, quel serait notre effarement s’il nous fallait payer le tarif plein et reprendre au plus vite le boulot ! On oublie souvent qu’il y a un système derrière tout cela, conçu pour nous protéger et amortir les chocs, que le monde ouvrier a lutté pour l’obtenir, depuis les premières caisses de secours mutuels jusqu’à l’obtention en 1944 d’un système d’assurance sociale obligatoire. Le système belge est bien ficelé même si imparfait, les mutualités et les forces progressistes se mobilisent pour qu’il ne soit pas détricoté et qu’il ne laisse personne sur le bas-côté. Ces défis, si importants soient-ils, sont d’une autre ampleur que ceux rencontrés par le mouvement mutualiste africain. L’accès à la santé et à la protection sociale sont en effet des droits fondamentaux qui doivent être réalisés pour tou.te.s et partout sur le globe, mais nous en sommes encore loin.

Réunis à Lomé les 22 et 23 janvier pour une conférence internationale organisée par l’Association Internationale de la Mutualité et le gouvernement togolais, plus de 250 mutualistes venus de 21 pays[2] d’Afrique et d’Europe ont commencé par se pencher sur les enjeux actuels communs aux mutuelles de santé africaines. En Afrique, parmi les défis de la protection sociale, l’accès aux soins de santé est le plus urgent. Pour répondre à ces besoins le mouvement mutualiste plaide pour une couverture santé universelle (CSU)[3] et entend y jouer un rôle prépondérant. Créés dans l’intérêt général des populations, basées sur des principes forts de solidarité, de démocratie, refusant toute recherche de profit mais mobilisant les contributions des affilié·e·s, les mutuelles de santé souffrent de plusieurs obstacles, notamment la pauvreté parfois extrême, la notion de prévoyance qui doit être renforcée et le manque de compréhension de la part de certains gouvernements qui combattent le modèle mutualiste, y compris au sein des Etats qui se sont engagés à assurer la couverture santé universelle.

Lors des différents exposés, on a pu observer qu’en Afrique les pays membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sont plus avancés dans la mise en place de la couverture santé universelle. Cela s’explique premièrement par le fait que l’UEMOA a adopté en 2009 une réglementation régionale sur la Mutualité Sociale, lui conférant un rôle prépondérant dans la mise en place de la CSU. Même si les niveaux d’implémentation sont disparates, on a pu entendre que dans ces pays, il existe une réelle volonté et un engagement politique d’extension de la protection sociale à travers les mutuelles, de même qu’une décision de l’Etat de financer une partie du système.  

Au cours des tables rondes présentant des exemples de pays qui ont atteint la CSU (Rwanda, Mongolie) ou sont sur la bonne voie (Mali), plusieurs facteurs de succès ont été relevés. Tout d’abord, là où il existe des mécanismes d’adhésion obligatoire aux mutuelles de santé, la couverture santé est plus large que là où ce n’est pas le cas. En soi, le côté obligatoire peut poser question, surtout lorsque l’on pense aux difficultés que peuvent avoir les plus vulnérables à financer leurs cotisations. Il est possible de prévoir une catégorisation selon les revenus qui prévoit que les plus pauvres soient totalement pris en charge par l’Etat. Ou encore, nombreux sont ceux qui ont réfléchi à des adhésions automatiques, liées à une autre action telle que l’achat de parts dans une coopérative, ou imaginé une évolution progressive vers l’obligation. Malgré ces nuances, tous reconnaissent qu’un système qui se veut universel passe par le caractère obligatoire. Un autre élément fondamental est la délégation de gestion de la CSU confiée aux mutuelles par l’Etat leur garantissant un rôle clé.

Ces différents éléments, l’engagement politique, l’adhésion obligatoire et la délégation de gestion, représentent les trois axes d’interpellations figurant dans la Plateforme de Lomé, document de plaidoyer adopté à la fin de la Conférence, s’adressant aux différentes institutions internationales et régionales ainsi qu’aux gouvernements nationaux, et appelant à la mobilisation de tou·te·s les acteur·rice·s pour une protection sociale universelle.

Au-delà de l’adoption de ce document qui va être porté par le mouvement mutualiste africain, la Conférence était l’occasion pour ses acteur·rice·s d’approfondir certains sujets, d’avoir des échanges constructifs sur les problématiques qu’il·elle·s rencontrent, d’élargir les réseaux et de renforcer l’unité et la cohésion du mouvement.


[1] Rapport mondial sur la protection sociale 2017-2019: protection sociale universelle pour atteindre les objectifs de développement durable, Bureau International du Travail, Genève, 2017, pp. 135-136, https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/documents/publication/wcms_624892.pdf

[2] Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Maroc, Niger, RD Congo, Sénégal, Togo.

[3] Le but de la couverture universelle en matière de santé est de faire en sorte que tous les individus aient accès aux services de santé dont ils ont besoin sans que cela n’entraîne pour les usagers de difficultés financières. https://www.who.int/features/qa/universal_health_coverage/fr/

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