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CSU : Un accès à la santé pour tout∙e∙s !

CSU : Un accès à la santé pour tout∙e∙s !

Le 12 décembre, Journée Internationale de la Couverture Santé Universelle (CSU), est l’occasion de nous rappeler à quel point la santé est essentielle et qu’il devrait être possible de se soigner partout sans tomber dans la misère. C’est une priorité dans le travail de Solsoc et de ses partenaires mutualistes en Afrique, qui promeuvent la protection sociale, premier pilier de l’agenda pour le Travail décent.   

La protection sociale est un ensemble de mécanismes de prévoyance qui répond à différents types de risques auxquels les êtres humains peuvent faire face tout au long de leur vie : la maladie, la grossesse, la vieillesse, les accidents de travail, la perte d’emploi, l’invalidité, le décès d’un parent… sont susceptibles de les laisser soudainement sans revenus. 

En réponse à ces risques, la protection sociale garantit des soins de santé essentiels y compris pour la maternité. Elle assure également une sécurité de revenus pour les enfants, les personnes âgées et les personnes actives en cas de chômage, d’invalidité ou de maladie. C’est ce que l’OIT nomme les 4 socles d’une protection sociale universelle.

Les coûts liés à la santé se révèlent être, depuis de nombreuses années maintenant, non seulement un frein à l’accès mais aussi une cause non-négligeable d’appauvrissement [1]. Face à ce constat, l’Organisation Mondiale de la Santé a développé depuis 2005 le concept de Couverture Santé Universelle (CSU). Reprise dans les ODD [2] depuis 2015 comme « comprenant une protection contre les risques financiers et donnant accès à des services de santé essentiels de qualité et à des médicaments et vaccins essentiels sûrs, efficaces, de qualité et d’un coût abordable », la CSU se fonde sur une mutualisation des risques et des ressources. C’est un système de solidarité entre malades et bien-portant.

La stratégie mutualiste que soutiennent Solsoc et Solidaris dans plusieurs pays d’intervention constitue une option concrète pour réaliser la CSU. En tant que système contributif, solidaire et basé sur la prévoyance, une mutuelle de santé évite à ses membres l’appauvrissement que peuvent provoquer des dépenses inattendues. Mais au-delà, une mutuelle est aussi un système démocratique, assurant une représentativité de la population, d’autant plus lorsque l’état lui confie le statut d’organisme de gestion délégué, comme c’est le cas en Belgique. Dès lors, elle joue pleinement le rôle de contre-pouvoir en faisant valoir les droits de ses usager∙e∙s dans la définition des politiques de santé publique comme la CSU.  

En Afrique, les défis sanitaires demeurent urgents et immenses. Mortalité infantile et maternelle, liée au paludisme, au VIH/SIDA, mortalité causée par des épidémies comme l’Ebola et la fièvre jaune… qui pourraient être réduites par un meilleur accès aux services de base. Dans un document intitulé « La couverture santé universelle en Afrique : un cadre pour l’action », élaboré en 2016, l’OMS et la Banque Mondiale considèrent que les progrès en vue d'une couverture santé universelle (CSU) sont non seulement cruciaux pour la promotion de l’équité, des droits fondamentaux et de la sécurité humaine en matière de santé, mais sont aussi porteurs d'avantages économiques importants et contribuent à la stabilité sociale [3].

Evidemment, cette courte contextualisation masque des disparités importantes entre et à l’intérieur des pays du continent africain. De même, les modèles adoptés ou à mettre en œuvre pour avancer vers la CSU ne pourraient être les mêmes partout. Les exemples du Sénégal et du Burundi, où les partenaires de Solsoc soutiennent le développement de mutuelles de santé communautaires, nous donnent un aperçu de deux situations très différentes.

Au Sénégal, la volonté politique d’avancer vers la CSU a été traduite en pratique et en financement public. A côté du régime d’assurance maladie obligatoire touchant les travailleur·euse·s des secteurs formels, une Agence de la Couverture Maladie Universelle [4] a été mise en place en 2015. La stratégie de CMU est basée d’une part sur les politiques de gratuité [5] et d’autres part sur les mutuelles de santé. La population cible des mutuelles de santé est constituée essentiellement des acteur·rice·s de l’économie informelle et du secteur rural et qui représentent plus de 80% de la population sénégalaise [6]. La cotisation à une mutuelle de santé est subventionnée par l’Etat à hauteur de 50% pour les personnes qui ont la capacité de cotiser et à 100% pour les personnes indigentes, En 2019, le taux de couverture du risque maladie avoisine les 50% et le taux d’enrôlement dans les mutuelles de santé tourne autour de 17% [7].

Au Burundi, 5ème pays le moins avancé en matière de développement humain [8], la situation est loin d’être aussi favorable. La Politique Nationale de Protection Sociale, adoptée en 2011, prévoyait la mise en place (à long terme) d’une assurance maladie universelle pour tout·e citoyen·ne burundais·e, sans préciser la stratégie à adopter. Depuis lors, le Ministère de la Santé a mis en place et promu la Carte d’Assistance Médicale (CAM), beaucoup moins chère que la cotisation aux mutuelles et accessible à tou·te·s alors qu’elle était prévue au départ pour les personnes indigentes. Ces deux systèmes se confrontent actuellement et les mutuelles peinent à maintenir leurs effectifs. Leur taux d’adhésion atteint à peine les 2%.

Dans ces deux pays, Solsoc et ses partenaires locaux appuient des mutuelles de santé communautaires, non pas en finançant les cotisations mais en cherchant à les rendre durables par la structuration, l’équipement, la formation et la professionnalisation des gestionnaires et des cadres. Au Sénégal, 12 mutuelles sont soutenues sur les 43 mutuelles accompagnées par le réseau Oyofal Paj qui comptent au total 300.000 membres dans la région de Kaolack. Au Burundi, les 27 mutuelles de santé des caféiculteurs du Burundi (MUSCABU) accompagnées par ADISCO comptent environ 5300 ménages affiliés. Comme les questions de CSU et de PSU sont éminemment politiques, Solsoc soutient aussi le plaidoyer sur ces questions qui est mené par les plateformes nationales des mutuelles de santé.

 

[1] http://documents.worldbank.org/curated/en/640121513095868125/pdf/122029-WP-REVISED-PUBLIC.pdf

[2] Objectifs de développement Durable adoptés par les Nations Unies pour répondre aux défis mondiaux d’ici 2030 https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/

[3] « La couverture santé universelle en Afrique : un cadre pour l’action », document préparé par la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la Santé, en collaboration avec le gouvernement japonais, l’Agence japonaise de coopération internationale, le Fonds mondial et la Banque africaine de développement, http://pubdocs.worldbank.org/en/366291472219573738/UHC-IN-AFRICA-FR.pdf, pp.4-5-6.

 [4] La couverture maladie universelle (CMU) est une prestation sociale permettant l'accès au soin, le remboursement des soins, prestations et médicaments à toute personne qui n'est pas déjà couverte par un autre régime obligatoire d'assurance maladie.

[5] La gratuité des soins des enfants âgés de moins de cinq (5) ans, la gratuite de la césarienne, la gratuite des personnes âgées de 60 ans et plus (Plan Sésame) et la gratuité de la dialyse. http://agencecmu.sn/les-gratuites

[6] http://agencecmu.sn/la-cmu-travers-les-mutuelles-de-sante

[7] https://www.lepoint.fr/afrique/senegal-des-mutuelles-mieux-adaptees-pour-le-secteur-informel-08-07-2019-2323279_3826.php

[8] Classement PNUD 2018   http://hdr.undp.org/sites/default/files/2018_human_development_statistical_update_fr.pdf

 

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