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LE BURKINA FASO VERS UNE CRISE HUMANITAIRE ?

LE BURKINA FASO VERS UNE CRISE HUMANITAIRE ?

Depuis quatre ans et demi, le pays des hommes intègres est pris dans une spirale de violences. Ces derniers mois, les attaques djihadistes se sont intensifiées et ont provoqué la mort de centaines de personnes et le déplacement forcé de plusieurs milliers d'autres. Elles ont aussi engendré des problèmes de santé et d'alimentation au sein de la population, ainsi que la fermeture d’écoles et de centres de santé. Inoussa Ouedraogo, chargé de la coordination technique du programme de Solsoc pour UMUSAC (Union des Mutuelles de Santé de la Région du Centre) et membre de la plateforme MASMUT, s’exprime face à cette crise humanitaire sans précédent.

 

Quelle est la situation actuelle au Burkina Faso ?

La situation sécuritaire demeure instable depuis 2015. Les attaques se poursuivent dans la région du Sahel, du centre au Nord, où elles sont de plus en plus récurrentes. Ce sont des attaques contre les forces de défense et de sécurité, les fonctionnaires publics, les écoles et les centres et le personnel de santé. Les chefs coutumiers et religieux et les infrastructures religieuses sont également des cibles. Il y a une population d’environ 1.200.000 habitants qui est concernée par la situation. Selon les statistiques de la CONASUR (Comité National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation des Nations Unies), il y a environ déjà 224.000 personnes déplacées. Depuis mars 2019, 688.000 personnes requièrent une assistance alimentaire selon les estimations du programme alimentaire mondial. Leur nombre a évolué parce que les attaques se sont intensifiées.

La situation actuelle implique une urgence en matière humanitaire. Selon le ministère de l'économie et des finances, si ça ne se calme pas, le pays pourrait entrer dans une situation d’extrême pauvreté dans son ensemble d’ici quelques années. Le budget prévu pour accompagner la jeunesse, les femmes, et d’autres populations vulnérables est réduit parce que ce n’est pas la priorité du moment. Toutes ces populations qui se sont déplacées ont créé de nouveaux défis pour le gouvernement burkinabé en matière de prise en charge sanitaire. Il va falloir renforcer un dispositif rapide pour prendre en charge les cas de santé qui vont surgir parce que les centres de santé ont été abandonnés. Il faut en créer d’autres pour les rapprocher des populations déplacées. Tout cela crée des dépenses supplémentaires.

 

Cette crise a-t-elle des conséquences sur votre travail ? Quelles mesures avez-vous prises pour faire face à ces difficultés ?

Le problème de l’insécurité affecte le programme de trois façons. Dans un premier temps, les populations fuient des zones externes vers les zones d’intervention du programme et, vice-versa, des populations qui habitaient dans les zones d’intervention ont quitté le territoire à cause de l’état d’urgence. Deuxièmement, l’insécurité touche directement des zones suivies par  le Réseau d’Appui aux Mutuelles de santé qui intervient au Nord du pays. Ce Réseau a été contraint de renoncer à la mise en place de deux mutuelles communales, parce que celle-ci nécessite des concertations, or il y a une note de l’Etat qui interdit les rassemblements dans ces lieux. Enfin, le suivi des zones à risques est réduit. Il y a 3 mois, alors que je comptais effectuer une mission de suivi dans une de ces zones, je n’ai plus pu m’y rendre, parce que c’est devenu trop dangereux : les véhicules de terrain que nous utilisons sont particulièrement ciblés par les assaillants.

Les rassemblements étant interdits dans les zones à risque, les personnes convoquées ne peuvent pas assister aux réunions. Etant donné l’insécurité, les personnes ont également d’autres préoccupations que d’aller payer leur adhésion à la mutualité. De plus, comme plusieurs centres ont également fermé, cela ne sert à rien de payer sa cotisation lorsqu’on n'est pas certain d’être pris en charge. Le résultat : une faible adhésion aux mutuelles et un impact sur le renouvellement et la fidélisation des membres.

Pour faire face à cette situation, nous avons relocalisé certaines activités que nous avons orienté vers des zones où le risque est moindre. Par exemple, le budget qui était prévu pour la sensibilisation dans les zones à risque proches du Mali a été réaffecté dans d’autres zones. Nous privilégions dorénavant les régions du plateau central et celle du centre. Nous faisons également en sorte d’informer les populations qui ont quitté les zones d’intervention du programme des mutuelles de santé proches de leur nouvelle situation.

 

Quels sont vos craintes et vos espoirs en vue des élections de 2020 ?

Nous sommes en train de nous diriger vers une crise humanitaire. Si la situation sécuritaire empire, on pourrait assister à un soulèvement de la population qui, sous l’influence de certaines organisations de la société civile, pourrait demander le départ sans condition du président actuel. Mais on peut également assister au contraire. Le calme pourrait revenir après les élections d'octobre 2020. Le régime semble être la cible des attaques qui visent à le déstabiliser jusqu’à ce qu’il jette l’éponge.

Pour les mois qui suivent, nous souhaitons que la situation sécuritaire soit maîtrisée et que les structures comme les écoles et les centres de santé reprennent leurs activités afin que l’on puisse travailler correctement et dans des conditions propices. C’est tout ce que l’on demande, sans se mêler aux jeux politiques.

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