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Après Petro, la Colombie bascule à l’extrême droite
16 octobre 2026
Après Petro, la Colombie bascule à l’extrême droite
Le 21 juin 2026, le second tour de l’élection présidentielle colombienne s’est tenu dans un contexte de forte polarisation politique et de tensions sociales, avec une participation record de 63,59 %. Cette participation témoigne de l’intensité de l’affrontement entre les forces de gauche et l’extrême droite. À l’issue du scrutin, l’écart entre les deux candidats était extrêmement serré. Avec moins d’un point d’écart, c’est le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella, proche des positions de Donald Trump, et ultralibéral qui l’a emporté face au candidat de gauche Ivan Cepeda.

L’horizon de la Paix continue de reculer
Ces élections se sont tenues dans un contexte d’insécurité grandissante. Malgré la stratégie de « paix totale » de Gustavo Petro et le désarmement de certains groupes armés ces dernières années, l’année 2025 a été marquée par l’une des pires crises humanitaires de la décennie. De nombreux groupes armés opèrent en Colombie, alimentés par des activités illégales telles que le trafic de drogue, l’exploitation minière illégale et la déforestation. Dans tout le pays, ces groupes intensifient les stratégies violentes pour obtenir un contrôle territorial, social et économique. Selon l’ONU, 2 794 épisodes de violence ont eu lieu en 2025, parmi lesquels la moitié touchait la population civile (répression sociale, menaces, homicides). Dans ce contexte, la situation des défenseur·euse·s des droits humains et des syndicalistes reste critique. L’impunité et l’absence d’un véritable système de protection collective contribuent à la persistance de ces violences.
La Colombie tourne la page d’une présidence de gauche
Ce changement de cap politique s’inscrit après 4 ans de gouvernance de Gustavo Petro, premier président issu de la gauche politique à être élu en Colombie, avec à ses côtés, Francia Márquez, la première vice-présidente afro-colombienne de l’histoire du pays. Des défis et des espoirs immenses ont accompagné l’élection en 2022 de Petro, pourtant, à l’issue de son mandat, les organisations de la société civile en dressent un bilan contrasté qui peut expliquer en partie l’échec du candidat de gauche aux élections.
Si le gouvernement Petro a bien déplacé les priorités sur la réduction des inégalités, les droits sociaux, la transition écologique ou la réforme agraire, tout en laissant un espace bien plus marqué aux organisations de la société civile, il n’a pas réussi à garantir la sécurité dans le pays, ni à inscrire une véritable transformation de la gouvernance. Des alliances plus stables et un parlement moins favorable aux intérêts de l’oligarchie auraient certainement contribué à inscrire des réformes plus durables.
Des heures sombres qui s’annoncent avec le nouveau gouvernement
Le contexte politique qui s’ouvre aujourd’hui en Colombie suscite de vives préoccupations au sein de nombreuses organisations de la société civile. Dès la campagne électorale, plusieurs d’entre elles appelaient à une vigilance face au projet politique porté par Abelardo de la Espriella (lire notre communiqué du 23 juin). Un mois après son investiture, le 7 août dernier, les partenaires de Solsoc et de la FGTB Horval font déjà état d’un climat d’incertitude et d’inquiétude croissant. Ils alertent notamment sur les risques que les orientations du nouveau gouvernement font peser sur les avancées sociales (comme la hausse du salaire minimum ou la revalorisation progressive du paiement des heures supplémentaires, du travail dominical et des jours fériés) et démocratiques des dernières années, ainsi que sur la protection des droits humains et de l’espace civique.
Dans les principales inquiétudes, le démantèlement du processus de paix : le président martèle un discours martial de répression ultra-violente et son ambition de construire des méga-prisons calquées sur le modèle du Salvador. Sur le plan international, le nouveau président adopte déjà une diplomatie de rupture avec son prédécesseur : dès ses premiers jours, son gouvernement a pris des décisions unilatérales comme la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan[1] ou celle du Maroc sur le Sahara occidental[2], laissant peu de doute sur la place qu’il entend accorder au droit international et au multilatéralisme.
Élu de justesse sans majorité au Parlement, il fait aussi face à une contestation populaire et estudiantine depuis son élection. Et malgré une attention citoyenne concentrée sur le séisme d’aout 2026, et le climat de peur règne, des manifestations sont déjà annoncées pour octobre.
Un premier test : la gestion du séisme du 10 aout
La gestion du nouveau gouvernement du terrible tremblement de terre qui a frappé la Colombie le 10 aout est également exemplative de ce revirement à la droite extrême : en refusant d’abord l’aide de certains pays voisins comme le Mexique ou le Brésil, le nouveau gouvernement a fait perdre un temps précieux, lors des premières 72h, pour les victimes ensevelies. Abelardo de la Espriella a ensuite décidé de n’accepter de l’aide que de pays politiquement alignés avec son idéologie ultralibérale et néo-fasciste, comme le Salvador, l’Équateur, les États-Unis et Israël (avec qui les liens avaient été coupés lors du mandat de Gustavo Petro). Les mises en scène répétées du président [3] plus préoccupé par sa communication que par la gestion de la catastrophe ont été particulièrement dénoncées. Enfin, on peut également épingler une gestion financière déjà douteuse : le fonds d’aide aux victimes qui centralise les dons, est administré par une fondation au nom de la première dame ce qui suscite des interrogations sur la traçabilité et le contrôle démocratique des ressources.
Face à l’extrême droite, la nécessité de protéger l’espace civique
Depuis de nombreuses années, Solsoc et la FGTB Horval soutiennent en Colombie des organisations de la société civile telles qu’ATI et l’IPC, qui permettent d’une part au mouvement syndical de se structurer et de prendre de l’ampleur, et d’autre part de dénoncer et de recenser les attaques contre les droits, tout en accompagnant les communautés dans leur organisation et leur auto-défense. Dans un contexte marqué par le retour de l’extrême droite au pouvoir, la détérioration de la sécurité et la persistance de l’impunité, préserver cet espace civique en soutenant ces organisations est plus que jamais essentiel.
[1] https://www.aljazeera.com/news/2026/8/11/colombias-far-right-government-recognises-israeli-claim-over-golan-heights
[3] En visite dans l’une des villes les plus touchées, le président a notamment été filmé en train de lancer des ballons de football à des enfants victimes du séisme. Ces ballons portaient le logo et le slogan de son mouvement politique. La scène, largement diffusée sur les réseaux sociaux, a provoqué une vive indignation : des familles déplacées, toujours sans abri et en manque de nourriture, d’eau potable et de médicaments, ont dénoncé un « coup de pub » au lieu d’une aide humanitaire essentielle.