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Colombie : promouvoir les droits des victimes de violences

lundi 1er décembre 2008

Solidarité Socialiste et son partenaire Instituto Popular de Capacitacion (IPC) mènent un projet en faveur des victimes de violences en Colombie, plus particulièrement à Medellín et dans le département d’Antioquia. Ce projet, soutenu par la ligne « Prévention des conflits, consolidation de la paix et droits de l’Homme » du Service Public Fédéral des Affaires étrangères s’intitule « Promouvoir les droits des victimes des violences à la vérité, à la justice et à la réparation ». Il vise à faire valoir les droits de toutes les victimes du conflit national colombien, à permettre l’expression et la reconnaissance de la vérité et de la justice pour les victimes – en particulier en ce qui concerne la restitution des terres – et à prévenir la résurgence de situations conflictuelles. Le projet s’inscrit dans une approche globale de la promotion et du respect des droits humains en Colombie.

Le département d’Antioquia a toujours été un des plus touchés par le conflit armé et ses conséquences. 35% des cas de violences – meurtres, enlèvements, déplacements, exécutions extrajudiciaires, disparitions – sont comptabilisés dans le département. La région a particulièrement souffert de la stratégie de la terreur mise en pratique par les forces paramilitaires, de la guérilla et même régulières, avec comme conséquence le déplacement de très nombreuses personnes tant en milieu rural qu’urbain, y compris dans la capitale du département Medellin.

Le problème de la violence présente en Antioquia est une question d’une grande complexité, étant donné entre autres raisons la superposition de groupes armés divers, d’intérêts contradictoires et de comportements variés et l’imbrication d’actions de violence politique et de délinquance. On peut cependant identifier une série d’éléments qui permettent d’affirmer qu’une bonne partie de cette violence est dérivée de luttes pour la construction d’un ordre dans lequel la dispute des ressources économiques et politiques est fondamentale. Il faut aussi souligner que les modalités de la confrontation passent par différentes étapes, selon les stratégies mises en œuvre par les protagonistes, selon les spécificités locales et les façons de réagir des populations locales. Ainsi, par exemple pendant la phase de conquête d’un secteur qu’ils cherchent à contrôler, les groupes paramilitaires ont fait appel à des stratégies de terreur non-discriminée, tandis qu’après avoir « nettoyé » la zone ils mettent en place des stratégies de contrôle sur la population, d’administration du territoire et de profits dérivés d’activités licites comme illicites.

En observant les conduites criminelles qui ont été mises en œuvre par la collusion entre des secteurs de la force publique et des groupes paramilitaires, on peut identifier un ensemble d’actions délictueuses clairement répertoriées par le droit international humanitaire, depuis les atteintes à la vie, à l’intégrité et à la liberté des personnes, jusqu’aux conduites affectant gravement le droit à la propriété et d’association (y compris les libertés syndicales). Mais il apparaît en outre aujourd’hui clair que cette alliance a été plus vaste et a inclus une partie de l’élite politique régionale et nationale, comme l’ont démontré des recherches académiques corroborées par la Cours Suprême de Justice et le Ministère public qui ont ouvert des enquêtes débouchant sur l’arrestation de plusieurs dizaines de parlementaires, de maires et de gouverneurs, affaire connue sous le terme de parapolitique. Dans le cas du département d’’Antioquia, on commence seulement à découvrir ces liens, des cas sont mentionnés impliquant des politiciens de partis comme Colombia Viva, Colombia Democratica, Convergencia Ciudadana, Alas Equipo Colombia du gouverneur actuel et quelques-uns appartenant au parti libéral.

Les femmes et les hommes victimes des violences ont des profils très variés : leaders politiques et sociaux reconnus, membres d’associations de base, intellectuels, artistes, journalistes, militants des droits humains et/ou des peuples indigènes, avocats de prisonniers politiques ou de victimes. Mais on peut aussi constater que dans leur immense majorité, les victimes étaient des personnes de couches sociales modestes, qui se consacraient à des activités agricoles, avec un niveau d’étude très peu élevé, qui ont été l’objet de ces violences dans le but de les dépouiller de leurs terres, pour semer la terreur ou pour « faire ses preuve » auprès de sa hiérarchie et toucher des primes des forces armées. De nombreuses victimes sont restées anonymes et dans beaucoup de cas il sera presqu’impossible de savoir ce qu’il s’est effectivement passé avec elles. Cela montre l’importance d’une part d’établir la vérité jusqu’où il sera possible et d’autre part des actes de réparation collective en faveur personnes survivantes et de leurs familles.

Plusieurs organisations regroupent les victimes, parmi lesquelles deux sont « historiques » : ASFADDES qui regroupe les parents des prisonniers disparus et Pais Libre ou ASFAMIPAZ qui défend les personnes séquestrées arbitrairement. Plus récemment a été créée l’association des Madres de la Candelaria par des mères des personnes disparues. Il existe en outre diverses organisations de déplacés.

Le Mouvement National de Victimes des Crimes d’État, MOVICE a été à l’origine de l’organisation des marches qui, le 6 mars 2008, ont rassemblé plusieurs millions de participants en hommage aux victimes de l’État et du paramilitarisme.

Dans le département d’Antioquia, on se trouve à un moment où se concurrencent de manière inégale, d’une part les forces sociales et politiques qui représentent le discours dominants des auteurs des crimes, et d’autre part les paroles presque imperceptibles des victimes. Comme il sa déjà été dit, le cadre juridique de l’actuel processus justice et paix a été obtenu grâce à la pression des organisations sociales, des mouvements sociaux, des organisations non gouvernementales, des organisations de défense des droits humains qui depuis la Colombie et depuis l’extérieur, ont pu empêcher que l’on impose l’initiative gouvernementale du pardon et de l’oubli. Le rôle d’organismes publics comme la Cours Constitutionnelle et la Cours Suprême de Justice ont également été précieux.

C’est pourquoi ce projet cherche à contribuer à ce que la voix des victimes devienne audible, qu’elle soit entendue, que l’on connaisse toute l’horreur vécue par des milliers de personnes dans ce département, que l’on contribue à révéler la vérité sur ce qu’il s’est produit. Seule la récupération de la dignité des victimes, leur reconnaissance de citoyens jouissant pleinement de leurs droits, permettra de progresser dans la construction d’une société démocratique.

Infos
Gladys Cifuentes
(02/505.40.70)

LE CROCO,

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